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20/04/2023 | FRANCE | N°20TL04689

France | France, Cour administrative d'appel de Toulouse, 4ème chambre, 20 avril 2023, 20TL04689


Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure :

La société Sotramo Parola a demandé au tribunal administratif de Nîmes d'annuler l'arrêté du préfet de Vaucluse du 27 février 2018 portant prescriptions complémentaires d'établir un diagnostic et des mesures de gestion pour la situation de pollution au tétrachloroéthylène et ses dérivés de composition. La même société a également demandé au tribunal administratif l'annulation de l'arrêté du préfet de Vaucluse du 4 juillet 2018 la mettant en demeure de respecter les prescriptions des articles

2, 3 (alinéas 2 et 3) et 4 de cet arrêté du 27 février 2018.

Par un jugement nos1801...

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure :

La société Sotramo Parola a demandé au tribunal administratif de Nîmes d'annuler l'arrêté du préfet de Vaucluse du 27 février 2018 portant prescriptions complémentaires d'établir un diagnostic et des mesures de gestion pour la situation de pollution au tétrachloroéthylène et ses dérivés de composition. La même société a également demandé au tribunal administratif l'annulation de l'arrêté du préfet de Vaucluse du 4 juillet 2018 la mettant en demeure de respecter les prescriptions des articles 2, 3 (alinéas 2 et 3) et 4 de cet arrêté du 27 février 2018.

Par un jugement nos1801302, 1802839 du 20 octobre 2020, le tribunal administratif de Nîmes a rejeté ses demandes.

Procédure devant la cour :

Par une requête et un mémoire, enregistrés au greffe de la cour administrative d'appel de Marseille sous le n° 20MA04689 puis au greffe de la cour administrative d'appel de Toulouse sous le n°20TL04689, le 18 décembre 2020 et le 27 septembre 2022, la société Sotramo Parola, représentée par la SELARL Noûs Avocats, demande à la cour :

1°) d'annuler ce jugement ;

2°) d'annuler les arrêtés du préfet de Vaucluse du 27 février 2018 et du 4 juillet 2018 ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- l'arrêté du 4 juillet 2018 portant mise en demeure de respecter les prescriptions complémentaires contenues dans l'arrêté du 27 février 2018 a été pris à l'issue d'une procédure irrégulière au sens des dispositions de l'article L. 171-6 du code de l'environnement ;

- l'arrêté du 4 juillet 2018 portant mise en demeure de respecter les prescriptions complémentaires contenues dans l'arrêté du 27 février 2018 est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation dès lors qu'il prescrit des délais trop courts ;

- l'arrêté du 4 juillet 2018 portant mise en demeure de respecter les prescriptions complémentaires contenues dans l'arrêté du 27 février 2018 est entaché d'un défaut de base légale ;

- l'arrêté du 27 février 2018 portant prescriptions complémentaires a été pris à l'issue d'une procédure irrégulière, dès lors que le laboratoire ayant effectué les prélèvements n'est pas indiqué dans les pièces du dossier ce qui ne permet pas de vérifier s'il est agréé ;

- cet arrêté a été pris à l'issue d'une procédure irrégulière dès lors qu'elle a été mise dans l'impossibilité de réaliser une contre-expertise en méconnaissance de l'article L. 172-14 du code de l'environnement ;

- cet arrêté méconnaît les dispositions de l'article L. 514-5 du code de l'environnement du fait de l'absence de transmission du rapport du 30 novembre 2017 :

- cet arrêté méconnaît les dispositions de l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration du fait du refus de communication de certains documents ;

- ces vices de procédure l'ont privée d'une garantie et ont été de nature à influencer le sens de la décision ;

- le lien de causalité entre la pollution constatée et son activité n'est pas établi dès lors que l'absence de pollution en amont hydrologique du site ne permet pas de présumer l'origine de la pollution ; elle a cessé au plus tard en 1989 de recourir au procédé d'utilisation du solvant en cause, la chute rapide de la pollution entre novembre 2017 et août 2018 la disqualifie en tant qu'auteur exclusif de la pollution et sa responsabilité ne saurait être engagée en application des dispositions du II de l'article L. 556-3 du code de l'environnement ;

- les dispositions du II de l'article L. 556-3 du code de l'environnement ne lui sont pas applicables ;

- à titre subsidiaire et dans l'hypothèse où le tribunal retiendrait l'existence d'un lien de causalité, les dispositions de l'article L. 161-5 du code de l'environnement s'opposent à ce qu'elle soit mise en cause, le fait générateur étant antérieur au 30 avril 2007 ;

- cet arrêté méconnaît les dispositions de l'article L. 162-17 du code de l'environnement ;

- cet arrêté méconnaît les dispositions de l'article L. 162-23 du même code ;

- l'action de l'administration est prescrite en application de l'article L. 152-1 de ce code.

Par un mémoire en défense, enregistré le 5 septembre 2022, le ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par la société Sotramo Parola ne sont pas fondés.

Par ordonnance du 11 avril 2022, le président de la section du contentieux du Conseil d'Etat a attribué à la cour administrative d'appel de Toulouse le jugement de la requête de la société Sotramo Parola.

Par ordonnance du 6 septembre 2022, la clôture d'instruction a été fixée au 5 octobre 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'environnement ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Lasserre, première conseillère,

- les conclusions de Mme Meunier-Garner, rapporteure publique,

- et les observations de Me Garnier-Coutild substituant Me Le Turcq, représentant la société Sotramo Parola.

Une note en délibéré, présentée par la société Sotramo Parola, représentée par la SELARL Noûs avocats, a été enregistrée le 11 avril 2023.

Considérant ce qui suit :

1. La société Sotramo Parola, implantée à Pertuis (Vaucluse), a pour activité l'élimination et le recyclage de déchets d'animaux soumise à autorisation au titre de la rubrique 2730 des installations classées pour la protection de l'environnement. Au cours de l'année 2016, une pollution au tétrachloroéthylène (PCE) a été détectée dans les eaux du forage utilisé par une ferme laitière située sur le territoire de la même commune. Au cours des recherches effectuées pour déterminer l'origine de cette pollution, des prélèvements réalisés les 6 septembre 2017 et 7 novembre 2017 dans le puits de forage de la société Sotramo Parola ont révélé la présence de tétrachloroéthylène dans des taux supérieurs à la valeur admise pour l'eau potable. Par arrêté du 27 février 2018, le préfet de Vaucluse a prescrit à la société Sotramo Parola de réaliser un diagnostic de la pollution des eaux souterraines à l'intérieur et hors du site, de rechercher l'origine de la pollution, d'évaluer les impacts sanitaires hors site et de proposer un plan d'actions au vu des résultats de ces études. Constatant que certaines de ces prescriptions n'avaient pas été mises en œuvre dans les délais qu'il avait fixés, le préfet de Vaucluse a mis en demeure la société Sotramo Parola, par arrêté du 4 juillet 2018, de réaliser les prescriptions prévues par les articles 2, 3 (alinéas 2 et 3) et 4 de son précédent arrêté, dans un délai de deux mois. La société Sotramo Parola relève appel du jugement du 20 octobre 2020 par lequel le tribunal administratif de Nîmes a rejeté ses demandes tendant à l'annulation de ces deux arrêtés préfectoraux.

Sur les conclusions en annulation :

En ce qui concerne la légalité de l'arrêté du 27 février 2018 :

2. Aux termes de l'article L. 511-1 du code de l'environnement : " Sont soumis aux dispositions du présent titre les usines, ateliers, dépôts, chantiers et, d'une manière générale, les installations exploitées ou détenues par toute personne physique ou morale, publique ou privée, qui peuvent présenter des dangers ou des inconvénients soit pour la commodité du voisinage, soit pour la santé, la sécurité, la salubrité publiques, soit pour l'agriculture, soit pour la protection de la nature, de l'environnement et des paysages, soit pour l'utilisation rationnelle de l'énergie, soit pour la conservation des sites et des monuments ainsi que des éléments du patrimoine archéologique (...) ". L'article L. 512-20 du même code dispose que : " En vue de protéger les intérêts visés à l'article L. 511-1, le préfet peut prescrire la réalisation des évaluations et la mise en œuvre des remèdes que rendent nécessaires soit les conséquences d'un accident ou incident survenu dans l'installation, soit les conséquences entraînées par l'inobservation des conditions imposées en application du présent titre, soit tout autre danger ou inconvénient portant ou menaçant de porter atteinte aux intérêts précités. Ces mesures sont prescrites par des arrêtés pris, sauf cas d'urgence, après avis de la commission consultative compétente. ".

3. En premier lieu, aux termes de l'article R. 512-61 du code de l'environnement, " Les organismes de contrôle périodique sont agréés par arrêté du ministre chargé des installations classées (...) ". En application de l'article 9 de l'arrêté du 27 octobre 2011 portant modalités d'agrément des laboratoires effectuant des analyses dans le domaine de l'eau et des milieux aquatiques au titre du code de l'environnement : " La liste des laboratoires agréés est publiée sur le site internet de gestion des agréments du ministère chargé de l'environnement (...) ".

4. Il résulte de l'instruction que pour déterminer l'origine de la pollution au tétrachloroéthylène mentionnée au point 1 ci-dessus, des prélèvements ont été réalisés le 6 septembre 2017 dans le puits de forage de la société Sotramo Parola et ont révélé la présence de tétrachloroéthylène dans des taux anormaux, de l'ordre de 2 500 µg/l, alors que la valeur admise pour l'eau potable est de 10 µg/l. De nouveaux prélèvements effectués le 7 novembre 2017 ont confirmé la présence de ce solvant, à raison de 1 600 µg/l. Il résulte également de l'instruction que, contrairement à ce que soutient la société requérante, les rapports d'analyse de ces prélèvements qui lui ont été notifiés les 2 octobre 2017 et 17 novembre suivant, mentionnent le nom du laboratoire qui les a effectués, à savoir le laboratoire AL-West B.V., lequel est mentionné dans la liste des laboratoires agréés figurant sur le site dédié du ministère de la transition écologique pour la recherche de la présence de tétrachloroéthylène. Dès lors, le moyen tiré de l'absence d'identification du laboratoire permettant de s'assurer de son agrément ne peut qu'être écarté.

5. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 172-14 du code de l'environnement : " (...) II. - Les échantillons sont prélevés au moins en double exemplaire et adressés à un laboratoire d'analyse. Un exemplaire est conservé aux fins de contre-expertise./ La personne mise en cause ou son représentant est avisée qu'elle peut faire procéder à ses frais à l'analyse de l'exemplaire conservé. Elle fait connaître sa décision dans les cinq jours suivant la date à laquelle les résultats de l'analyse du laboratoire ont été portés à sa connaissance. Passé ce délai, l'exemplaire peut être éliminé (...) ".

6. Les éventuelles irrégularités entachant une procédure pénale sont sans incidence sur la légalité des décisions administratives. Par suite, la société Sotramo Parola ne peut utilement se prévaloir des dispositions précitées de l'article L. 172-14 du code de l'environnement pour soutenir qu'elle a été dans l'impossibilité de faire procéder à une contre-expertise dès lors que ces dispositions, insérées au sein du chapitre 2 du titre VII du livre 1er du code de l'environnement alors en vigueur, concernent la recherche et la constatation des infractions pénales.

7. En troisième lieu, il résulte des dispositions des articles L. 514-5, R. 512-25 et R. 512-26 du code de l'environnement que, préalablement à l'édiction de prescriptions complémentaires prises sur le fondement de l'article L. 512-20 du code de l'environnement, l'exploitant d'une installation classée pour la protection de l'environnement doit être destinataire du rapport du contrôle le cas échéant réalisé par l'inspection des installations classées, des propositions de l'inspection tendant à ce que des prescriptions complémentaires lui soient imposées et du projet d'arrêté du préfet comportant les prescriptions complémentaires envisagées. Il résulte des mêmes dispositions du code de l'environnement combinées aux dispositions de l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration que l'exploitant doit être mis à même de présenter des observations et d'obtenir également communication, s'il le demande, de celles des pièces du dossier utiles à cette fin.

8. D'une part, il résulte de l'instruction que le rapport du 30 novembre 2017 établi par l'inspecteur des installations classées ne constitue pas un rapport de contrôle au sens des dispositions de l'article L. 514-5 du code de l'environnement mais le rapport de présentation du dossier aux membres du conseil départemental de l'environnement et des risques sanitaires et technologiques dont la séance s'est tenue le 19 décembre 2017. Ainsi, la société Sotramo Parola ne peut utilement soutenir que ce rapport aurait dû lui être communiqué en application des dispositions de l'article L. 514-5 du code de l'environnement. En outre, il est constant que la société Sotramo Parola a été destinataire des propositions de l'inspecteur des installations classées tendant à ce que des prescriptions complémentaires lui soient imposées et du projet d'arrêté du préfet comportant les prescriptions complémentaires envisagées. Par suite, l'arrêté attaqué du 27 février 2018 n'est pas entaché d'un vice de procédure au regard des dispositions précitées de l'article L. 514-5 du code de l'environnement.

9. D'autre part, il résulte de l'instruction que, par courrier du 27 septembre 2017, l'inspecteur des installations classées pour l'environnement a informé la société requérante qu'à la suite de la visite sur site intervenue le 6 septembre 2017 dans le cadre de l'enquête sur la pollution des eaux de forage d'une ferme laitière située sur le territoire de la commune de Pertuis, il proposera au préfet d'édicter un arrêté d'urgence imposant l'arrêt d'usage de l'eau de son puits. Dans ces conditions, et alors qu'aucun autre rapport n'est intervenu à cette date, la société Sotramo Parola ne peut utilement soutenir qu'un tel rapport aurait dû lui être communiqué sur le fondement des dispositions de l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration.

10. Enfin, si la société Sotramo Parola a également demandé la communication du rapport d'analyse du 21 septembre 2017 portant sur les prélèvements réalisés le 6 septembre 2017 en sortie de pompe et à l'intérieur de son puits ainsi que du rapport de manquement administratif du 21 septembre 2017, il résulte de l'instruction que la société requérante a été rendue destinataire de ces documents par courrier reçu le 2 octobre 2017. Par ailleurs, si la société Sotramo Parola soutient qu'elle n'a pas eu communication du rapport des analyses effectuées en amont hydrologique de son site du 30 novembre 2017, le rapport du 30 novembre 2017 mentionnant ces analyses est le rapport de présentation du dossier aux membres du conseil départemental de l'environnement et des risques sanitaires et technologiques. Or, il résulte également de l'instruction que la société Sotramo Parola a participé le 19 décembre 2017 à la séance de ce conseil au cours de laquelle elle a pu faire valoir ses observations. En outre, elle a reçu notification le 29 décembre 2017 du projet d'arrêté portant prescriptions complémentaires et a formulé ses observations à deux reprises. Elle a ainsi été informée tant des manquements qui lui étaient reprochés que de la teneur de l'ensemble des analyses effectuées. Par suite, et dès lors que la société Sotramo Parola a été mise à même de présenter utilement ses observations, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration doit être écarté.

11. En quatrième lieu, il résulte des dispositions précitées des articles L. 511-1 et L. 512-20 du code de l'environnement que l'autorité administrative peut prendre à tout moment, à l'égard de l'exploitant d'une installation classée, les mesures qui se révèleraient nécessaires à la protection des intérêts énumérés à l'article L. 511-1 du même code, y compris après sa mise à l'arrêt définitif. De telles mesures peuvent concerner, le cas échéant, des terrains situés au-delà du strict périmètre de l'installation en cause, dans la mesure où ceux-ci présentent des risques de nuisance pour la santé publique ou la sécurité publique ou la protection de l'environnement, se rattachant directement à l'activité présente ou passée de cette installation.

12. Il résulte de l'instruction que les recherches effectuées à la suite de la découverte de la pollution des eaux de forage d'une ferme laitière ont permis de retracer en amont de la nappe phréatique des concentrations croissantes en tétrachloroéthylène jusqu'au site de la société Sotramo Parola. Les prélèvements réalisés dans les eaux du puits de forage de cette société ont révélé un taux de ce solvant d'une valeur supérieure à 250 fois le taux admis, l'installation de piézomètres en amont hydrologique de la société ayant pour sa part révélé des taux inférieurs au seuil toléré. Si la société Sotramo Parola soutient qu'elle a cessé d'utiliser du tétrachloroéthylène depuis la fin des années 1980, il résulte de l'instruction qu'elle a conservé sur son site une cuve de plus de 3 tonnes de déchets contenant ce solvant, dont elle a fait procéder à l'élimination après les premières analyses effectuées sur son puits de forage le 7 septembre 2017. A cet égard, la circonstance que la société Sotramo Parola ait fait procéder à une analyse en août 2018 laquelle fait état d'un taux de tétrachloroéthylène inférieur à 0,1 µg/l ne permet pas de remettre en cause le lien de causalité entre la pollution et son activité dès lors qu'elles ont été réalisées plus de dix mois suivant l'enlèvement des déchets incriminés. Dans ces conditions, le lien de causalité entre la pollution au tétrachloroéthylène et l'activité de la société Sotramo Parola doit être regardé comme établi. Par suite, par son arrêté du 27 février 2018, le préfet de Vaucluse a pu légalement prescrire à la société Sotramo Parola de réaliser un diagnostic de la pollution des eaux souterraines sur et hors du site, de rechercher l'origine de la pollution, d'évaluer les impacts sanitaires hors site et, en dernier lieu, de proposer un plan d'actions au vu des résultats de ces études tout en mettant à sa charge les frais qui en résultent.

13. En cinquième lieu, aux termes de l'article L. 556-3 du code de l'environnement : " I.- En cas de pollution des sols ou de risques de pollution des sols présentant des risques pour la santé, la sécurité, la salubrité publiques et l'environnement au regard de l'usage pris en compte, l'autorité titulaire du pouvoir de police peut, après mise en demeure, assurer d'office l'exécution des travaux nécessaires aux frais du responsable. (...) / II- Au sens du I, on entend par responsable, par ordre de priorité : / 1° Pour les sols dont la pollution a pour origine une activité mentionnée à l'article L. 165-2, une installation classée pour la protection de l'environnement ou une installation nucléaire de base, le dernier exploitant de l'installation à l'origine de la pollution des sols, ou la personne désignée aux articles L. 512-21 et L. 556-1, chacun pour ses obligations respectives. Pour les sols pollués par une autre origine, le producteur des déchets qui a contribué à l'origine de la pollution des sols ou le détenteur des déchets dont la faute y a contribué ; / 2° A titre subsidiaire, en l'absence de responsable au titre du 1°, le propriétaire de l'assise foncière des sols pollués par une activité ou des déchets tels que mentionnés au 1°, s'il est démontré qu'il a fait preuve de négligence ou qu'il n'est pas étranger à cette pollution. ".

14. Le moyen tiré de ce que les dispositions du II de l'article L. 556-3 du code de l'environnement ne sont pas opposables à la société requérante doit être écarté comme inopérant, l'arrêté attaqué n'étant pas fondé sur ces dispositions, mais sur les dispositions précitées de l'article L. 512-20 du même code.

15. En sixième lieu, aux termes de l'article L. 161-5 du code de l'environnement, " Le présent titre n'est pas applicable non plus : / 1° Lorsque le fait générateur du dommage est survenu avant le 30 avril 2007 (...) ". aux termes de l'article L. 162-17 du même code : " L'exploitant tenu de prévenir ou de réparer un dommage en application du présent titre supporte les frais liés :/ 1° A l'évaluation des dommages ; / 2° A la détermination, la mise en œuvre et le suivi des mesures de prévention et de réparation ; /3° Le cas échéant, aux procédures de consultation prévues aux deux premières phrases de l'article L. 162-10 ; 4° Le cas échéant, aux indemnités versées en application des articles L. 162-5 et L. 162-12. ". aux termes de l'article L. 162-23 de ce code : " Le coût des mesures visées aux articles L. 162-4, L. 162-8 et L. 162-9 ne peut être mis à la charge de l'exploitant s'il apporte la preuve qu'il n'a pas commis de faute ou de négligence et que le dommage à l'environnement résulte d'une émission, d'une activité ou, dans le cadre d'une activité, de tout mode d'utilisation d'un produit qui n'étaient pas considérés comme susceptibles de causer des dommages à l'environnement au regard de l'état des connaissances scientifiques et techniques au moment du fait générateur du dommage. ".

16. Les moyens tirés de la méconnaissance des dispositions précitées doivent être écartés comme inopérants, l'arrêté attaqué n'étant pas fondé sur le titre VI du livre 1er du code de l'environnement mais, ainsi qu'il a été dit au point 14 du présent arrêt, sur les dispositions précitées de l'article L. 512-20 du même code.

17. En dernier lieu, aux termes de l'article L. 152-1 du code de l'environnement : " Les obligations financières liées à la réparation des dommages causés à l'environnement par les installations, travaux, ouvrages et activités régis par le présent code se prescrivent par dix ans à compter du jour où le titulaire de l'action a connu ou aurait dû connaître la manifestation du dommage. ".

18. Ainsi qu'il a été dit au point 12 du présent arrêt, il résulte de l'instruction que la pollution en cause ne provient pas de l'utilisation en elle-même de tétrachloroéthylène par la société Sotramo Parola jusqu'à la fin des années 1980, mais du stockage sur son site de déchets contenant ce solvant, dont elle a commencé à faire procéder à son élimination après la découverte de cette pollution. Par suite, la société requérante n'est pas fondée à soutenir que le préfet ne pouvait pas légalement mettre à sa charge les coûts des prescriptions complémentaires contenues dans l'arrêté attaqué du 27 février 2018.

En ce qui concerne la légalité de l'arrêté du 4 juillet 2018 :

19. En premier lieu, il résulte de ce qui vient d'être exposé ci-dessus que les moyens invoqués par la société Sotramo Parola à l'encontre de l'arrêté du 27 février 2018 doivent être écartés. Par suite, à défaut pour la société requérante d'établir l'illégalité de cet arrêté, le moyen tiré de ce que l'arrêté du 4 juillet 2018 serait dépourvu de base légale doit être écarté.

20. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 171-6 du code de l'environnement : " Lorsqu'un agent chargé du contrôle établit à l'adresse de l'autorité administrative compétente un rapport faisant état de faits contraires aux prescriptions applicables, en vertu du présent code, à une installation (...), il en remet une copie à l'intéressé qui peut faire part de ses observations à l'autorité administrative. ".

21. Il résulte de l'instruction que la société Sotramo Parola a reçu le 22 juin 2018 le rapport dressé par l'inspecteur des installations classés du 20 juin 2018. Dans ces conditions, la société requérante a disposé d'un délai de douze jours pour présenter ses observations au préfet de Vaucluse, avant que celui-ci n'édicte l'arrêté attaqué. Par suite, et en l'absence de dispositions législatives ou réglementaires imposant à l'administration d'indiquer le délai imparti à l'exploitant pour produire ses observations, le moyen tiré de la méconnaissance du principe du contradictoire doit être écarté.

22. En dernier lieu, aux termes de l'article L. 171-8 du code de l'environnement : " I.- Indépendamment des poursuites pénales qui peuvent être exercées, en cas d'inobservation des prescriptions applicables en vertu du présent code aux installations (...), l'autorité administrative met en demeure la personne à laquelle incombe l'obligation d'y satisfaire dans un délai qu'elle détermine (...) ". Lorsqu'un manquement à l'application des conditions prescrites à une installation classée a été constaté, la mise en demeure prévue par les dispositions rappelées ci-dessus a pour objet, en tenant compte des intérêts qui s'attachent à la fois à la protection de l'environnement et à la continuité de l'exploitation, de permettre à l'exploitant de régulariser sa situation dans un délai déterminé, en vue d'éviter une sanction pouvant aller jusqu'à la suspension du fonctionnement de l'installation. Il incombe donc à l'administration, pour donner un effet utile à ces dispositions, de prescrire dans la mise en demeure un délai en rapport avec les mesures à prendre par l'exploitant.

23. La circonstance que la société Antea Group, laquelle a été mandatée par la société Sotramo Parola aux fins d'effectuer une partie du diagnostic prescrit par l'arrêté du 27 février 2018, ait prévu des délais de mission excédant le délai imparti par la mise en demeure en litige, ne permet pas de démontrer que les délais contenus dans cette mise en demeure seraient techniquement impossibles à tenir. De plus, la période de confinement liée à la covid-19 de mars 2020, intervenue plus de 18 mois après l'édiction de la mise en demeure en litige ne saurait remettre en cause les délais fixés par cette dernière. Dans ces conditions, il ne résulte pas de l'instruction que de tels délais étaient trop contraints d'un point de vue technique. Par suite, le préfet a pu légalement mettre en demeure à la société Sotramo Parola de réaliser les prescriptions prévues par les articles 2, 3 (alinéas 2 et 3) et 4 de son arrêté du 27 février 2018, dans un délai de deux mois.

24. Il résulte de ce qui précède que la société Sotramo Parola n'est pas fondée à soutenir que c'est à tort que, par le jugement attaqué, le tribunal administratif de Nîmes a rejeté ses demandes.

Sur les frais liés au litige :

25. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat qui n'est pas la partie perdante à la présente instance, la somme que la société Sotramo Parola demande au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de la société Sotramo Parola est rejetée.

Article 2 : Le présent arrêt sera notifié à la société Sotramo Parola et au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires.

Copie en sera adressée au préfet de Vaucluse.

Délibéré après l'audience du 6 avril 2023, à laquelle siégeaient :

M. Chabert, président,

M. Haïli, président assesseur,

Mme Lasserre, première conseillère,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 avril 2023.

La rapporteure,

N. Lasserre

Le président,

D. ChabertLa greffière,

M-M. Maillat

La République mande et ordonne au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent arrêt.

2

N° 20TL04689


Synthèse
Tribunal : Cour administrative d'appel de Toulouse
Formation : 4ème chambre
Numéro d'arrêt : 20TL04689
Date de la décision : 20/04/2023
Type d'affaire : Administrative
Type de recours : Excès de pouvoir

Analyses

44-02-02-01-03 Nature et environnement. - Installations classées pour la protection de l'environnement. - Régime juridique. - Pouvoirs du préfet. - Contrôle du fonctionnement de l'installation.


Composition du Tribunal
Président : M. CHABERT
Rapporteur ?: Mme Nathalie LASSERRE
Rapporteur public ?: Mme MEUNIER-GARNER
Avocat(s) : SELARL NOUS AVOCATS

Origine de la décision
Date de l'import : 30/04/2023
Fonds documentaire ?: Legifrance
Identifiant URN:LEX : urn:lex;fr;cour.administrative.appel.toulouse;arret;2023-04-20;20tl04689 ?
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