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24/01/1967 | FRANCE | N°66-90086

§ | France, Cour de cassation, Chambre criminelle, 24 janvier 1967, 66-90086


CASSATION PARTIELLE SUR LE POURVOI DE X... (GEORGES), PARTIE CIVILE, CONTRE UN ARRET DE LA COUR D'APPEL DE POITIERS DU 3 DECEMBRE 1965, QUI, DANS DES POURSUITES POUR DIFFAMATION PUBLIQUE, A PRONONCE RELAXE AU PROFIT DE Y... ET A DEBOUTE LE DEMANDEUR DE SES FINS ET CONCLUSIONS LA COUR, VU LE MEMOIRE PRODUIT ET LES OBSERVATIONS PRESENTEES EN DEFENSE ;

SUR LE MOYEN UNIQUE DE CASSATION PRIS DE LA VIOLATION DE L'ARTICLE 32 DE LA LOI DU 29 JUILLET 1881 AINSI QUE DE L'ARTICLE 7 DE LA LOI DU 20 AVRIL 1810, DEFAUT OU CONTRADICTION DE MOTIFS ET MANQUE DE BASE LEGALE, "EN CE QUE "REFORMANT LE JUGE

MENT DU TRIBUNAL DE GRANDE INSTANCE DE BORDEAUX, STAT...

CASSATION PARTIELLE SUR LE POURVOI DE X... (GEORGES), PARTIE CIVILE, CONTRE UN ARRET DE LA COUR D'APPEL DE POITIERS DU 3 DECEMBRE 1965, QUI, DANS DES POURSUITES POUR DIFFAMATION PUBLIQUE, A PRONONCE RELAXE AU PROFIT DE Y... ET A DEBOUTE LE DEMANDEUR DE SES FINS ET CONCLUSIONS LA COUR, VU LE MEMOIRE PRODUIT ET LES OBSERVATIONS PRESENTEES EN DEFENSE ;

SUR LE MOYEN UNIQUE DE CASSATION PRIS DE LA VIOLATION DE L'ARTICLE 32 DE LA LOI DU 29 JUILLET 1881 AINSI QUE DE L'ARTICLE 7 DE LA LOI DU 20 AVRIL 1810, DEFAUT OU CONTRADICTION DE MOTIFS ET MANQUE DE BASE LEGALE, "EN CE QUE "REFORMANT LE JUGEMENT DU TRIBUNAL DE GRANDE INSTANCE DE BORDEAUX, STATUANT EN MATIERE DE POLICE CORRECTIONNELLE, DU 30 OCTOBRE 1962", LA COUR D'APPEL DE POITIERS, EN L'ARRET ATTAQUE, "RELAXE Y... (PIERRE), PREVENU, DES FINS DE LA POURSUITE", POUR DELIT DE DIFFAMATION COMMIS, DANS UNE LETTRE CIRCULAIRE ADRESSEE PAR LUI, LE 22 MAI 1962, AUX QUATRE CENT CINQUANTE MEMBRES DE L'UNION GENERALE DES CINEMAS DU SUD-OUEST, AU MOTIF QUE "L'ELEMENT DE PUBLICITE EXIGE PAR L'ARTICLE 32 DE LA LOI SUR LA PRESSE FAIT DEFAUT ET QUE L'INFRACTION VISEE N'EST PAS ETABLIE", ETANT DONNE "QUE CETTE LETTRE A ETE DIFFUSEE EXCLUSIVEMENT AU SEIN MEME DU GROUPEMENT SYNDICAL PAR UN ADMINISTRATEUR EVINCE ET DEMISSIONNAIRE", ET QUE "LES IMPUTATIONS, QUELQUE BLESSANTES QU'ELLES SOIENT, DE LA LETTRE INCRIMINEE, SE RAPPORTENT EXCLUSIVEMENT A L'ACTIVITE SYNDICALE ET PROFESSIONNELLE DE LA PERSONNE VISEE", QUE LES CIRCONSTANCES "DE LA CAUSE" MONTRENT QUE LE PREVENU ETAIT SINCERE ET ANIME ESSENTIELLEMENT PAR LE DESIR DE REPARER INDIRECTEMENT UN RESULTAT ELECTORAL, DONT IL S'ESTIMAIT, DE BONNE FOI, VICTIME LUI-MEME, ALORS QUE, L'AUTEUR DU LIBELLE DIFFAMATOIRE INCRIMINE, AYANT DEMISSIONNE, DEPUIS LE 14 MAI 1962, DE L'UNION GENERALE DES CINEMAS, QUAND, LE 22 MAI 1962, IL L'ADRESSA, SOUS FORME DE LETTRE-CIRCULAIRE SOUS PLI NON FERME, AUX QUATRE CENT CINQUANTE MEMBRES DE CE GROUPEMENT POUR LES INCITER A SUIVRE SON EXEMPLE, IL LUI ATTRIBUAIT LE CARACTERE DE PUBLICITE LEGALEMENT REQUIS ET ALORS QU'EN MATIERE DE DIFFAMATION, NI LA SINCERITE, NI L'ABSENCE D'ANIMOSITE PERSONNELLE, NE SUFFISENT A DETRUIRE LA PRESOMPTION DE MAUVAISE FOI QUI PESE SUR CELUI QUI IMPUTE A AUTRUI DES FAITS PRECIS DE NATURE A PORTER ATTEINTE A SON HONNEUR ET A SA CONSIDERATION PROFESSIONNELLE TELS QUE : "VOUS AVEZ ETE TRAHIS VOUS AVEZ ETE TROMPES PAR UNE CIRCULAIRE DE M X... (GEORGES), LEQUEL VOUS DEMANDE DE LUI FAIRE PARVENIR VOS POUVOIRS EN PRETENDANT QU'IL AVAIT OBTENU LES PRETS ET LA DEMI-DETAXATION A LA PETITE EXPLOITATION M X... (GEORGES) A ABUSE DE VOTRE CREDULITE NOUS NE POUVONS QU'ETRE STUPEFAITS, FACE A UNE TELLE ABERRATION, LAQUELLE NE TROUVE SON EXPLICATION QUE DANS LE DESIR DE M X... (GEORGES) DE MENER A BIEN L'ELECTION DE SON FRERE, HENRI, CELUI-LA MEME CONTRE LEQUEL A ETE PORTEE LA GRAVE ACCUSATION D'ENTOURER SES COLLEGUES DE SOINS AFFECTUEUX, POUR MIEUX LES IMMOLER SUR L'AUTEL DE LA DELATION, EN LES RECOMMANDANT D'UNE FACON PARTICULIEREMENT TENDANCIEUSE A L'ATTENTION DES ENQUETES ECONOMIQUES ET DU CENTRE NATIONAL DE LA CINEMATOGRAPHIE" ;

VU LESDITS ARTICLES ;

ATTENDU QUE C'EST A BON DROIT QUE L'ARRET ATTAQUE A QUALIFIE DE BLESSANTES LES IMPUTATIONS DENONCEES AU MOYEN ET QUI FIGURENT DANS LA LETTRE-CIRCULAIRE INCRIMINEE, ADRESSEE LE 22 MAI 1962 PAR Y... AUX QUATRE CENT CINQUANTE ADHERENTS DU SYNDICAT "UNION GENERALE DES CINEMAS DU SUD-OUEST", A LA SUITE DES ELECTIONS DU 8 MAI 1962 QUI AVAIENT PORTE X... (HENRI) A LA TETE DU CONSEIL D'ADMINISTRATION EN QUALITE DE PRESIDENT ET QUI AVAIENT CONDUIT AU RENOUVELLEMENT DU MANDAT DE TRESORIER DE SON FRERE, X... (GEORGES), TANDIS QUE Y..., ADMINISTRATEUR, AVAIT ETE EVINCE ;

QUE CES IMPUTATIONS ETAIENT BIEN DE NATURE A ATTEINDRE LES DEUX FRERES X... DANS LEUR HONNEUR ET LEUR CONSIDERATION ;

QUE SI CERTAINES D'ENTRE ELLES NE DEPASSAIENT PAS LES LIMITES AUTORISEES PAR LA DEFENSE DES INTERETS DES ADHERENTS DU SYNDICAT PRECITE, IL N'EN EST PLUS DE MEME DE CELLE QUI PRETE LE DESSEIN A "X... (GEORGES) DE MENER A BIEN L'ELECTION DE SON FRERE X... (HENRI), CELUI-LA MEME CONTRE LEQUEL A ETE PORTEE LA GRAVE ACCUSATION D'ENTOURER SES COLLEGUES DE SOINS AFFECTUEUX POUR MIEUX LES IMMOLER SUR L'AUTEL DE LA DELATION, EN LES RECOMMANDANT D'UNE FACON PARTICULIEREMENT TENDANCIEUSE A L'ATTENTION DES ENQUETES ECONOMIQUES ET DU CENTRE NATIONAL DE LA CINEMATOGRAPHIE" ;

QUE DES LORS, S'IL EST VRAI QU'AINSI QUE L'ONT ESTIME LES JUGES D'APPEL, DE TELLES IMPUTATIONS NE SAURAIENT CONSTITUER A L'EGARD DE X... (HENRI) ET DE X... (GEORGES), LE DELIT DE DIFFAMATION PUBLIQUE QUE SANCTIONNE L'ARTICLE 32 DE LA LOI SUR LA PRESSE, LA CONDITION DE PUBLICITE EXIGEE PAR CE TEXTE FAISANT DEFAUT EN L'ESPECE PARCE QUE LA CIRCULAIRE LITIGIEUSE N'AURAIT ETE DIFFUSEE QU'AU SEIN MEME DU GROUPEMENT SYNDICAL PAR UN ANCIEN ADMINISTRATEUR, C'EST, DE TOUTE FACON, A TORT QUE LA COUR D'APPEL A DECLARE QUE CES MEMES IMPUTATIONS NE POURRAIENT PAS DAVANTAGE CONSTITUER LEUR AUTEUR, Y..., EN ETAT DE CONTRAVENTION A L'ARTICLE 33-3° DE LA LOI SUR LA PRESSE, AU MOTIF QUE LA PREUVE DE "L'INTENTION COUPABLE DU PREVENU N'ETAIT PAS RAPPORTEE" ;

ATTENDU, EN EFFET, QUE LES PROPOS DIFFAMATOIRES SONT REPUTES AVOIR ETE FORMULES AVEC L'INTENTION DE NUIRE ;

QUE CETTE PRESOMPTION, NE SAURAIT ETRE DETRUITE, COMME L'A ADMIS A TORT L'ARRET ATTAQUE, PAR LA CROYANCE QU'AURAIT EUE Y... D'ETRE "EN LEGITIME ETAT D'AGIR" AFIN DE "REPARER INDIRECTEMENT UN RESULTAT ELECTORAL DONT IL S'ESTIMAIT, DE BONNE FOI, VICTIME LUI-MEME EN MEME TEMPS QUE LES ELECTEURS A QUI IL S'ADRESSAIT" ;

D'OU IL SUIT QU'EN AYANT AINSI STATUE, L'ARRET ATTAQUE DOIT ETRE CENSURE ;

PAR CES MOTIFS : CASSE ET ANNULE L'ARRET DE LA COUR D'APPEL DE POITIERS DU 3 DECEMBRE 1965, MAIS SUR LES INTERETS CIVILS SEULEMENT ET, POUR ETRE STATUE A NOUVEAU ET CONFORMEMENT A LA LOI, DANS LES LIMITES DE LA CASSATION AINSI PRONONCEE ;

RENVOIE LA CAUSE ET LES PARTIES DEVANT LA COUR D'APPEL DE BOURGES PRESIDENT : M COMTE, CONSEILLER DOYEN, FAISANT FONCTIONS-RAPPORTEUR : M TURQUEY-AVOCAT GENERAL : M BOUCHERON-AVOCATS : MM MARCILHACY ET LYON-CAEN


Sens de l'arrêt : Cassation partielle
Type d'affaire : Criminelle

Analyses

1) PRESSE - Diffamation - Absence de publicité - Assimilation à l'injure non publique.

PRESSE - Diffamation - Intention coupable - Présomption - Portée.

La diffamation, lorsqu'elle n'est pas publique, dégénère en contravention d'injure non publique.

2) PRESSE - Injures - Injures non publiques - Intention de nuire - Imputation dépassant les limites de la défense des intérêts d'un groupement corporatif.

PRESSE - Injures - Injures non publiques - Diffamation - Absence de publicité - Assimilation.

Sont punissables les imputations diffamatoires lorsqu'elles dépassent les limites que permet la défense des intérêts du groupement corporatif auquel appartient - ou appartenait - leur auteur et à plus forte raison, lorsque ces imputations sont étrangères à l'activité professionnelle dudit groupement.

3) PRESSE - Injures - Injures non publiques - Intention de nuire - Présomption légale.

La présomption légale de mauvaise foi joue contre l'auteur d'une diffamation comme d'une injure non publique.


Références
Décision attaquée : DECISION (type)


Publications
Proposition de citation: Cass. Crim., 24 janvier 1967, pourvoi n°66-90086, Bull. crim. N. 36
Publié au bulletin des arrêts de la chambre criminelle N. 36
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Origine de la décision
Formation : Chambre criminelle
Date de la décision : 24/01/1967
Date de l'import : 14/10/2011

Fonds documentaire ?: Legifrance


Numérotation
Numéro d'arrêt : 66-90086
Numéro NOR : JURITEXT000007059549 ?
Numéro d'affaire : 66-90086
Identifiant URN:LEX : urn:lex;fr;cour.cassation;arret;1967-01-24;66.90086 ?
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